Nos animaux de compagnie ne vivent jamais assez longtemps. C’est une réalité déchirante avec laquelle tout propriétaire doit composer. Nous investissons du temps, de l’émotion et de l’énergie pour eux, tout en sachant pertinemment que nous leur survivrons.

Face à ce deuil inévitable, une tendance futuriste et controversée gagne du terrain : le clonage. Si la pratique semblait autrefois réservée à la science-fiction, elle est devenue une réalité commerciale pour une élite prête à débourser des sommes astronomiques pour « immortaliser » ses compagnons à quatre pattes.
Mais derrière les promesses des laboratoires et les anecdotes de célébrités, les experts tirent la sonnette d’alarme : le clonage n’est pas la solution miracle qu’il prétend être.
De Barbra Streisand à Javier Milei : La folie du clonage
Si la brebis Dolly a ouvert la voie en 1997, le clonage est aujourd’hui devenu un véritable business.
L’exemple le plus emblématique de ces dernières années n’est pas une star d’Hollywood, mais un chef d’État : Javier Milei, le président argentin. Surnommant ses chiens ses « enfants à quatre pattes », il a fait cloner son Mastiff anglais adoré, Conan, décédé en 2017. Le résultat ? Cinq clones (dont un décédé peu après), portant les noms d’économistes célèbres comme Murray, Milton, Robert et Lucas. Milei affirme même ne faire aucune distinction entre le clone actuel et l’original, considérant cette technologie comme « un moyen d’approcher l’éternité ».
Plus récemment, la légende du football américain Tom Brady a rejoint la liste, révélant avoir cloné sa chienne Lua (décédée fin 2023) pour accueillir un chiot génétiquement identique nommé Junie. Fait notable : Brady n’est pas seulement client, il est aussi investisseur chez Colossal Biosciences, une entreprise qui a récemment acquis ViaGen Pets, le leader mondial du secteur.
Ils rejoignent d’autres pionniers comme Barbra Streisand, qui avait choqué le public en 2018 en révélant que ses deux Coton de Tuléar étaient des clones de sa chienne disparue, Samantha.
Comment ça marche ? (La science simplifiée)
Le principe repose sur le transfert nucléaire de cellules somatiques (SCNT), la même technique utilisée pour Dolly.
- On prélève des cellules (souvent de la peau) sur l’animal original (le donneur).
- On insère le matériel génétique de ces cellules dans un ovule dont on a retiré le noyau.
- Cet ovule modifié est implanté dans une mère porteuse.
- Si tout va bien, la mère porteuse donne naissance à une copie génétique du donneur.
Mais attention : « copie génétique » ne signifie pas « copie conforme ».
Le mythe de la résurrection : pourquoi votre clone sera différent de l’original
C’est ici que le rêve se heurte à la réalité biologique. Les experts soulignent trois risques majeurs que les entreprises de clonage ont tendance à minimiser.
1. La personnalité n’est pas clonable
C’est l’avertissement le plus crucial. Même si deux animaux partagent 100 % de leur ADN (comme de vrais jumeaux), leur comportement est façonné par leur environnement, leur éducation et leurs expériences de vie.
- L’animal original a vécu une histoire unique avec vous.
- Le clone aura une gestation différente, une mère porteuse différente et une éducation différente. Barbra Streisand l’a elle-même admis : « Ils ont le même regard, mais des personnalités totalement différentes. »
2. L’apparence peut changer (L’épigénétique)
Surprise : un clone peut ne pas ressembler physiquement à son original. L’expression des gènes est influencée par des facteurs biologiques aléatoires in utero. L’exemple historique est celui de « CC » (CopyCat), le premier chat cloné en 2001. Bien qu’il soit le clone génétique d’un chat calico (tricolore), CC est né avec un pelage tigré gris et blanc. Pourquoi ? Parce que le motif du pelage des chats calico est déterminé par l’activation aléatoire des chromosomes X, un processus impossible à reproduire artificiellement.
3. Les risques pour la santé et le bien-être animal
Le taux de réussite reste faible (environ 16 % à 20 %). Cela implique un coût éthique caché souvent ignoré par les clients :
- Les mères porteuses et donneuses d’ovules : Pour obtenir un clone viable, il faut souvent de nombreuses tentatives, impliquant des traitements hormonaux lourds et des chirurgies invasives sur plusieurs chiennes ou chattes « laboratoires ».
- Santé des clones : Bien que la science progresse, les animaux clonés ont historiquement présenté des taux de mortalité plus élevés à la naissance et des risques de problèmes musculosquelettiques ou de vieillissement prématuré, bien que des études récentes suggèrent que ces risques s’amenuisent.
Un marché en pleine explosion malgré l’éthique
Malgré un coût prohibitif, comptez 50 000 $ (environ 47 000 €) pour un chien et 35 000$ pour un chat, le marché est en plein boom. Les projections estiment que le secteur pourrait atteindre plusieurs milliards de dollars d’ici 2035, porté par des entreprises en Chine et aux États-Unis qui proposent désormais de stocker l’ADN de votre animal « au cas où ».
Certaines sociétés, comme Sinogene en Chine, vont même plus loin en proposant des « packages de préservation de la mémoire », mêlant clonage biologique et archivage numérique, flirtant avec l’idée de l’immortalité numérique.
Conclusion : Faut-il craquer ?
La réponse des éthiciens et des vétérinaires est quasi unanime : non. Le clonage est une prouesse technologique, mais c’est un leurre psychologique. Il ne vous rendra pas l’animal que vous avez perdu. Il crée simplement un jumeau qui lui ressemble, au prix d’une exploitation animale (les mères porteuses) et d’une somme qui pourrait sauver des milliers d’animaux dans les refuges.
Comme le résume une experte en bien-être animal : « Le meilleur héritage à laisser à un animal aimé n’est pas de le copier, mais d’offrir cette place et cet amour à un autre animal qui n’attend qu’une famille. »